Sur les traces du Docteur Ferron


8 juillet 2017, Petite-Vallée

Cher Docteur Ferron,

Nous venons de passer dix formidables jours à suivre littéralement vos traces en territoire Gaspésien. Nous avons visité votre maison, celle-là même que vous avez habitée de 1946 à 1949 à Ste-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine. Nous avons fait la route entre Mont-Louis et St-Yvon pour sentir la distance que vous aviez à couvrir quand vous pratiquiez la médecine ici. À l’époque, surtout l’hiver, vous avez dû en vivre des aventures? On s’est fait dire que le ski de fond était souvent plus pratique pour vos déplacements. On a trouvé une drôle de photo de vous avec des cache-oreilles!

Nous avons même eu la chance de rencontrer de vos patients dont madame Jeanne d’Arc Lebreux que vous avez accouchée un soir de pleine lune. Vous aviez pris un café avec de la crème ce soir-là, nous a-t-elle raconté.

Les gens ici se rappellent de vous comme d’un homme bon qui soignait pour pas cher ou même pour rien quand les temps étaient trop difficiles. Vous nous surprenez, monsieur Ferron. Par votre gentillesse, votre sensibilité, votre empathie pour une communauté que vous connaissiez à peine. Serait-ce exagéré de dire qu’ici, à 25 ans, vous êtes devenu l’homme que vous alliez être jusqu’à la fin de votre vie ; engagé pour le peuple, empli par la magnificence de la mer et des montagnes? Alors, pourquoi avoir quitté la Gaspésie si tôt?

Les aînés de Manche d’épée, de L’Anse-Pleureuse, de Cloridorme, de Petite et de Grand-Vallée nous parlent tous du même événement : l’incendie du pont de Madeleine. La rumeur veut que vous ayez été impliqué dans ce feu qui aurait été déclenché d’une main criminelle. Selon nos recherches, deux hommes auraient été arrêtés pour avoir fait brûler le pont soi-disant en signe de contestation à la Loi du cadenas; loi spéciale créée par le gouvernement de Maurice Duplessis en 1937 pour protéger la province contre la propagande communiste. Comment se fait-il que les ouï-dire convergent dans cette direction, mais que rien ne mentionne votre nom dans les articles de presse ? Vous quittez la Gaspésie la même année parce que ce même gouvernement aurait coupé votre salaire? Pure coïncidence ?

Après avoir lu La nuit et Les roses sauvages nous comprenons de mieux en mieux votre style unique : le réalisme-merveilleux. Grâce à des attaches fortes au réel, la fantasmagorie peut naître avec de bien plus grandes ailes! Nous avons eu droit à une manifestation concrète de cette poésie… Laissez-moi vous la raconter.

Un soir de brume, assis face à la mer, un rayon de lumière traverse momentanément le brouillard. On pense qu’un phare des alentours fait tout bonnement son travail. Au prochain rayon, on distingue une masse noire… en mouvement… dans le nuage opaque qui semble flotter au-dessus de la mer. On se blottit l’un près de l’autre, attendant patiemment le prochain cycle lumineux pour en avoir le cœur net. Comment se fait-il que l’intervalle ne soit pas régulier? Plus la lumière se fait attendre, plus la peur nous envahit. Ça y’est! La lumière jaillit. Je pointe du doigt la masse noire. Sabrina crie! Aucun doute, la masse bouge! Elle semble même… pointer du doigt?! Nous étions assis dos au stationnement. Les phares des voitures derrière nous pointaient vers l’horizon. L’ombre mouvante n’était rien d’autre que nous-mêmes.

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